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Pas besoin d’être à la mode quand on parle de christianisme

Théologienne et pasteure médiatique, Marion Muller-Colard a pris les rênes de la maison d’édition protestante Labor et Fides il y a trois mois. Sollicitée de toutes parts, elle est également membre du Comité consultatif national d’éthique français.
«On en aura toujours besoin, de cette histoire de Bible», lâche-t-elle devant ses raviolis et deux mandarines. Attablée dans l’ancienne librairie des éditions genevoises Labor et Fides, dont les baies vitrées donnent sur le Palais de l’Athénée, Marion Muller-Colard s’excuse de ne pas avoir eu le temps de déjeuner. Quelques coups de fourchette et déjà elle met sa gamelle de côté. Depuis trois mois, elle est la directrice de la fameuse maison d’édition protestante. Environnée par ces centaines de livres, tous consacrés de près ou du loin au christianisme, Marion Muller-Colard se réjouit de sa nouvelle fonction: «L’intérêt d’une maison comme celle-ci, c’est qu’elle n’a pas besoin d’être à la mode. Le patrimoine chrétien est ancré dans notre humanité.»

Si elle travaille désormais en Suisse, Marion Muller-Colard est de loin la personnalité protestante la plus médiatique en France. Présente à la télévision, invitée dans de nombreuses conférences, elle est avant tout une auteure, dont les livres, en forme d’essais poétiques, mêlent théologie et vécu propre. Ils ont d’ailleurs été principalement édités chez Labor et Fides. Dans L’Autre Dieu, son livre phare, elle racontait comment la maladie de son fils, encore bébé, l’avait plongée dans la dépression. Ayant frôlé la possibilité de perdre son enfant, ce qui la retenait en vie s’est tout à coup délité. «Aujourd’hui, quand je vois de jeunes parents, je suis émue. La situation du monde est tellement préoccupante… Je suis émerveillée qu’on garde le courage de mettre des enfants au monde. Cela doit aller de pair avec un certain sens de l’engagement », confie-t-elle. Avant de faire, avec amusement, une comparaison très imagée: «J’ai eu des poules, un temps. Et après une attaque de renard, elles ne n’ont plus couvé pendant au moins une année. Le rapport entre natalité et insécurité les faisaient refuser d’engendrer de la chair à renard, par prudence.»

Deux siècles à l’hôpital

Née à Marseille en 1978, Marion Muller-Colard vit aujourd’hui «avec un mari agnostique» dans les Vosges alsaciennes. Chaque week-end, elle y retourne, notamment pour constater la croissance éclair de ses deux fils de 16 et 18 ans, qu’elle a eus plutôt jeune, et qui ont apparemment des personnalités très vives. «J’ai privilégié la qualité à la quantité. Mais là, franchement, je suis à mon maximum», rit-elle. Théologienne de formation, Marion Muller-Colard a premièrement exercé en tant qu’aumônière d’hôpital, une expérience résolument «fondatrice». Sa thèse de doctorat, consacrée au Livre de Job, l’avait conduite à étudier «le mal, la souffrance et le malheur sous toutes leurs coutures». Le travail en hôpital lui semble alors être une façon de «faire les travaux pratiques de [son] doctorat». Peu demandée directement par les patients, elle se souvient toutefois qu’elle aurait pu «rester deux siècles» avec les personnes qu’elle passait voir pour simplement signaler sa présence. «Le religieux, c’est un peu un retour du refoulé: quand vous commencez à creuser un peu, on découvre que beaucoup de personnes en sont encore prétries! Rares sont ceux qui vivent dépourvus de croyances. Elles se révèlent souvent, plus ou moins solides, dans les moments critiques.»

Le contact avec les autres est d’ailleurs une qualité que lui reconnaît volontiers le pasteur et journaliste Jean-Luc Gadreau, dont l’émission «Solaé» est le rendez-vous protestant du dimanche matin sur France Culture. «Marion est quelqu’un qui crée un espace de bien-être et d’apaisement. Sa grande intelligence lui permet d’aborder en douceur toutes sortes de personnes et de situations.»

Habiter poétiquement le monde

Les grandes questions de la vie, Marion Muller-Colard les aborde également en sa qualité de membre du Comité consultatif national d’éthique français (CCNE). Au milieu d’un collège de médecins, philosophes et biologistes, elle participe à concocter des rapports afin de donner des avis sur les questions d’éthique et de société. «Ce qui est intéressant, avec cette autorité, c’est que des personnes venues d’horizons très différents doivent réfléchir ensemble à un problème commun.» Le dernier en date? «La question d’une ouverture législative à une aide active à mourir», que Marion Muller-Colard aborde alors avec des pincettes. Quand on lui demande son avis sur la question, qui n’est encore qu’à l’état de réflexion en France, elle a peur de choquer les Suisses. «Le suicide assisté ne peut intervenir que dans un pays où le système de santé est irréprochable ou presque. En France, où l’accès aux soins est très réduit, et dans l’état de crise où se trouvent les hôpitaux publics, proposer cela est une fausse solution. On pourrait même avoir recours à cette aide par défaut d’autre soins», déclare-t-elle.

Le psychiatre François Ansermet, professeur honoraire dans les universités de Lausanne et Genève et seul Suisse à siéger au CCNE, parle avec émotion de sa rencontre avec la théologienne. Il la considère avant tout comme un écrivain. «Chez elle, la pratique de l’écriture converge avec l’usage de l’inconscient. Ses textes témoignent d’une attention particulière à l’inconnu. Marion sait dire cette part de nous qui nous échappe, et qu’on ne peut pas connaître uniquement par la raison.»

En bute contre la pudeur «toute protestante» à parler de sa foi, Marion Muller-Colard évoque enfin son rapport avec cette dernière, se souvenant alors de parents «un peu traumatisés» par la religion. En effet, son père, fils d’un pasteur «assez austère», ne l’encourage pas vraiment à se tourner vers le christianisme. «Toutefois, ma propension à habiter poétiquement le monde, selon la formule d’Hölderlin, m’a fait tenir bon», se souvient-elle. «Très tôt, il m’a semblé impossible que toute cette beauté ne vienne de rien, et qu’aucun désir ne se cache derrière».

BIO EN DATES

1978 : Naissance à Marseille
2004 : Naissance de son premier fils, deux ans avant le second.
2006 : Doctorat en théologie, thèse consacrée au Livre de Job.
2011 : Publication d’un premier livre pour la jeunesse, Prunelle de ses yeux, chez Gallimard. Suivra, trois ans plus tard, L’Autre Dieu, son livre le plus connu. Elle reçoit pour l’occasion les prix « Ecritures et spiritualités et « Spiritualités d’aujourd’hui ». ».
2017 : Nomination au CCNE. Son mandat est renouvelé en avril 2022
2022 : Devient directrice des éditions Labor et Fides, à Genève.

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