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Le président vénézuélien Nicolas Maduro compte sur le vote évangélique

Au Venezuela, la campagne électorale pour la présidentielle du 28 juillet bat son plein. En perte de vitesse, Nicolas Maduro cherche plus que jamais l’approbation des évangéliques en échange de différents services.
Le leader vénézuélien Nicolas Maduro détient le pouvoir sur la plupart des institutions vénézuéliennes, mais sa défaite aux élections générales qui auront lieu le 28 juillet ne serait pas impossible.

Au cours des huit dernières années, une crise économique et sociale persistante a contraint des millions de Vénézuéliens à quitter ce pays sud-américain. Les effets de cette instabilité persistent encore aujourd’hui et contribuent à un affaiblissement politique partiel du président sortant. C’est pourquoi il a cherché à se rapprocher d’un secteur social qui, dans une large mesure, lui était opposé jusque-là: les chrétiens évangéliques. En effet, désormais les chavistes comptent largement sur les pasteurs et leurs partisans pour maintenir le pouvoir dans le pays.

Actuellement, on estime que les évangéliques représentent 30% des Vénézuéliens. Traditionnellement, ils étaient divisés à parts égales entre chavisme et opposition, mais cela a changé ces dernières années, comme le souligne Moisés García, membre du Congrès et pasteur évangélique qui dirige le Mouvement chrétien évangélique du Venezuela (MCEV).

«Nous vivons une révolution chrétienne. Le peuple évangélique se détournait auparavant de la politique, mais il est désormais actif. Nous croyons que le vote évangélique sera décisif dans les élections», déclare-t-il. A ses yeux, les évangéliques latino-américains ont été grandement manipulés en important le conservatisme des dirigeants évangéliques étasuniens en Amérique latine.

Le chef de la délégation de l’opposition vénézuélienne chargée des négociations avec le gouvernement a appelé dimanche l’administration du président Nicolas Maduro (photo) à rouvrir dès que possible le dialogue, après que le gouvernement a suspendu ce week-end sa participation aux discussions. /Photo prise le 15 octobre 2021/REUTERS/Leonardo Fernandez Viloria

Paradoxe politique

«Aujourd’hui, la majorité est convaincue que le socialisme et le christianisme répondent à une seule et même doctrine: la recherche du bénéfice de ceux qui en ont le plus besoin. La théologie de la libération nous a appris que le souci des pauvres est biblique et nécessaire», formule le député, en utilisant des termes inhabituels pour un évangélique latino-américain.

Une position étonnante alors que la plupart des Églises pentecôtistes et néo-pentecôtistes de pays comme le Guatemala, le Salvador et le Brésil se sont alliées à des hommes politiques de droite et d’extrême droite, qui promettent de lutter contre des sujets tels que l’enseignement d’une soi-disant «idéologie du genre» à l’école et la libéralisation de l’avortement.

Au Brésil, ces «Eglises ont joué un rôle décisif dans la victoire électorale de l’ancien président d’extrême droite Jair Bolsonaro en 2018 et continuent de s’opposer au président de gauche Luiz Inácio Lula da Silva. L’une d’elles, la gigantesque Église universelle du Royaume de Dieu (l’acronyme en portugais est IURD), a même publié en 2022 une brochure dans laquelle elle expliquait les raisons pour lesquelles «les chrétiens ne devraient pas voter pour la gauche».

Dans ce contexte, la vidéo d’une rencontre entre Nicolas Maduro et des dirigeants évangéliques vénézuéliens, à Carabobo en mars dernier, a provoqué la surprise générale au Brésil. La vidéo montre le moment où le pasteur Ronaldo Santos, leader de l’IURD au Venezuela, prend la parole et prononce un sermon louant Nicolas Maduro, critiquant les sanctions internationales imposées à son gouvernement et demandant à Dieu de bénir le président.

Le président vénézuélien Nicolas Maduro s’est dit prêt à se rendre au Mexique pour entamer le mois prochain un dialogue avec l’opposition dans le cadre d’une médiation initiée par la Norvège, un processus dans lequel il espère voir les Etats-Unis s’inscrire. /Photo d’archives/REUTERS/Manaure Quintero

Avantages

«Nicolas Maduro a pour politique de se rapprocher des évangéliques, même de ceux connus pour être dans l’opposition. Son gouvernement ne demande pas au pasteur quelle est sa position politique avant d’accorder un avantage à son Eglise», soutient Moisés García. Pour autant, de nombreux analystes affirment pourtant que les dirigeants évangéliques vénézuéliens montré leur soutien à Nicolas Maduro précisément parce qu’il leur a permis d’obtenir plus facilement des concessions de radio et de télévision ainsi que d’autres avantages.

«Les Eglises reçoivent également un soutien avec des ressources pour la rénovation, du matériel de sonorisation, des bancs et des instruments de musique», précise Moisés Garcia.

Selon lui, les évangéliques récompenseront Nicolas Maduro le 28 juillet. Il estime qu’au moins 2 millions, sur 3 millions d’électeurs chrétiens, lui donneront leur voix. Dans un univers de 20 millions d’électeurs, ce contingent peut en effet être décisif.

Le président du Venezuela Nicolas Maduro au palais Miraflores, à Caracas, Venezuela. /Photo prise le 16 août 2023/REUTERS/Leonardo Fernandez Viloria

Héritage de Chávez

Le défunt dirigeant Hugo Chávez (1954-2013) avait déjà initié, il y a des années, ce rapprochement stratégique entre le régime socialiste et les Eglises chrétiennes du Venezuela. Le théologien et producteur culturel Ogtali Lopez a été témoin au fil des années de l’épanouissement des Eglises évangéliques sous le gouvernement Chávez.

«Le rapprochement entre les pasteurs et le gouvernement n’a cessé de se renforcer depuis», explique Ogtali Lopez. Lui-même se voyait bénéficier d’une telle politique. En tant que représentant de prédicateurs et d’artistes chrétiens internationaux, il a emmené plusieurs d’entre eux en tournée au Venezuela ces dernières années.

La révérende presbytérienne María Jimenez était l’une des ferventes de ce mouvement sous le gouvernement Chávez. Bien que l’Église presbytérienne n’ait jamais pris part institutionnellement à quelque instance que ce soit contre ou en faveur du gouvernement, certains de ses membres ont participé aux initiatives chavistes. Ce fut le cas de María Jimenez, qui faisait partie d’une mission œcuménique auprès des groupes vulnérables, en particulier les enfants et les adolescents.

La mort de Chávez a suspendu pendant un certain temps les relations les plus étroites entre les évangéliques et le gouvernement, jusqu’à ce qu’elles soient réactivées en 2017. Avec la crise économique que traverse le pays ces dernières années, qui a généré des troubles sociaux et une immense vague d’émigration, Nicolas Maduro s’est vu contraint de gagner le soutien de larges secteurs sociaux, en intensifiant son travail avec les Eglises.

Le président du Vénézuela Nicolas Maduro. /Photo prise le 4 décembre 2023/REUTERS/Leonardo Fernandez Viloria

Rapprochement utilitaire

«Je crois que certains de ces groupes recherchent des bénéfices pour eux-mêmes. Je pense qu’il n’est pas prudent pour le régime et pour la gauche vénézuélienne en général d’établir des alliances avec des Eglises évangéliques comme l’Église universelle du Royaume de Dieu, qui est notoirement une organisation réactionnaire au Brésil», formule Maria Jimenez. «Quand ce n’est pas une démarche sincère, c’est toujours dangereux. Et cela pourrait être quelque chose comme un Cheval de Troie.»

Pour l’économiste Luis Vicente León, président de la société de recherche Datanalisis, ce n’est pas vraiment un problème qu’il y ait un manque de sincérité dans la relation entre les pasteurs et Nicolas Maduro. «Il ne s’agit pas d’une alliance programmatique. C’est quelque chose d’utilitaire. Pour les Eglises, il est bon d’entretenir de bonnes relations avec le gouvernement. Pour Nicolas Maduro, les Eglises contribuent à accroître sa pénétration dans les classes populaires», analyse-t-il.

L’Église catholique, qui reste la religion la plus forte, est généralement critique envers Nicolas Maduro et soutient le changement, exprime encore l’économiste. Or, les Eglises évangéliques ont une présence sociale importante, en particulier dans les segments les plus pauvres.

«En outre, il est intéressant pour le président sortant que l’opposition soit éclatée. Il a donc demandé aux pasteurs de se déclarer candidat», indique-t-il.

Le vice-président du Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV), Diosdado Cabello, remet le drapeau du parti au président vénézuélien Nicolas Maduro alors qu’il accepte la candidature du PSUV au pouvoir au Venezuela pour briguer un nouveau mandat aux élections du 28 juillet 2024. /Photo prise le 16 mars 2024/REUTERS/Miraflores Palace

La principale candidate de l’opposition, Maria Corina Machado, a été disqualifiée pour son implication présumée dans des affaires de corruption et n’a pas pu se présenter. A sa place, le diplomate Edmundo González Urrutia s’est présenté. Il devrait recueillir la majorité des voix contre le régime.

L’intérêt que Nicolas Maduro témoigne envers les pasteurs évangéliques a été critiquée par plusieurs entités ces dernières années. Le Conseil évangélique vénézuélien, par exemple, a publié une déclaration sur la question l’année dernière, affirmant qu’il était opposé aux activités religieuses visant à donner de la visibilité aux autorités et aux représentants publics. «L’âme évangélique n’est pas à vendre», dit le communiqué, «elle a déjà été achetée à un prix infini».

Pour la révérend Maria Jimenez, cette approche pourrait n’avoir aucun effet profond: «En général, les gens jouissent d’une certaine indépendance lorsqu’ils votent en Amérique latine. Pour critiquer leur candidat préféré, ils peuvent même voter contre lui», assène-t-elle.

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