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Témoignage de PIERRE NICOLLE, Pionnier dans les Assemblées de Dieu de France.

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Témoignage de PIERRE NICOLLE,

Pionnier dans les Assemblées de Dieu de France.

Pionnier dans les « Assemblées de Dieu de France », né dans le Calvados en 1882, Pierre Nicolle est mort en 1972. A 16 ans, il part à Paris, en recherche d’un sens à sa vie, et s’intéresse à beaucoup de choses que la capitale lui offre.  Ma mère Mathilde et son frère, Daniel Farina sont orphelins. Avant son décès, ma grand-mère s’était entendue avec sa sœur, épouse de Pierre Nicolle, pour qu’elle les élève. Daniel Farina, mon oncle, sera aussi un des pionniers des Assemblées de Dieu de France.

Voici son récit :  La première fois que je suis allé dans une réunion chrétienne, c’était le 22 août 1902, je n’avais pas encore 20 ans. C’était derrière l’Opéra à Paris, rue Auber, une réunion de l’Armée du Salut. Là, j’ai été poussé par une puissance, j’étais pourtant ignorant des choses de Dieu, et pourtant le Seigneur a mis dans mon cœur la volonté de venir à Lui, j’ai été attiré, c’était impondérable, insaisissable.

J’avais peur de la mort, j’avais vu mourir mon père, mes deux grands-mères et je me disais que je devais y passer aussi.

Donc je suis venu avec un collègue de travail dans l’intention de « bien m’amuser ». Je me suis fâché avec lui au cours de cette réunion, les paroles que j’entendais trouvaient le chemin de mon cœur. Pourtant, je ne comprenais rien, on disait que Jésus était berger, mais il n’avait jamais eu de chèvre et puis dans mon pays, en Normandie, lorsqu’on disait : « tu es un berger », cela voulait dire tu es un ignorant. Je m’étais mis au fond de la salle, il y avait environ 300 personnes, j’étais derrière une dame qui avait un grand chapeau, j’étais bien caché. Eh bien savez-vous ce que j’ai fait, j’ai traversé la salle et je suis venu sur la petite plate-forme me mettre à genoux et demander pardon, poussé par le Saint-Esprit, je sentais à ce moment que la vie ne valait pas la peine d’être vécue, pourtant j’avais tout pour être heureux, fils de fonctionnaire, ma mère descendait de la vieille noblesse normande. Mais je me suis avancé, j’ai pleuré et Dieu m’a fait grâce. Je n’étais pas un mauvais garçon, pourtant je suis devenu une nouvelle créature, ce qui m’a amené à la conversion, c’est le « vide » de la vie. « Vanitas, vanitatum, et omnia vanitas ». J’ai été loin de comprendre, à cette première réunion, mais j’ai donné mon cœur à Dieu. Je me suis dit « ça, c’est ça », je sentais qu’en dépit de toutes les considérations possibles et inimaginables c’était la bonne route. ».

A cette époque, l’Armée du Salut est l’instance religieuse la plus « dynamique ». Il y rencontre Emilio Vaggelli et une véritable amitié se noue avec cet émigré italien, jeune patron tailleur. Ils entrent vraisemblablement tous les deux à l’école de formation et en sortent « officiers » de l’armée du salut. Mais ils sentent qu’il manque à cette organisation la forme scripturaire d’une Eglise. Ruben Saillens – véritable tribun de l’évangile dont nous chantons si souvent les cantiques – marquera leurs vies. Ils rejoignent l’Eglise baptiste de la rue du Maine. Ils sont enseignés sur le baptême par immersion par le pasteur Coulon et sont baptisés le jour de la Pentecôte 1905.

Pierre épouse, le 29 juillet 1905 Rosina Vaggelli, la sœur de son ami Emilio. Celui-ci décède d’une manière tragique le 5 février 1906 d’une simple égratignure au cou qui s’est infectée et transformée en phlegmon. En mars 1906, Pierre et son épouse rejoignent l’église baptiste de Bruay-en-Artois dans le Pas-de-Calais, où ils exercent leur ministère. Six enfants ont enrichi le foyer, Madeleine, Blanche, Jean, Jeanne, André et Marc. Fin 1914, Pierre et Rosina acceptent de prendre en charge deux neveux orphelins. Il s’agit des enfants de la sœur de Rosina, Mathilde, ma mère, et Daniel Farina, mon oncle.

Fin décembre 1914, toute la famille, ainsi que le père de Rosina, Ferdinando Vaggelli, partent vers Cherchell en Algérie, au sein d’une mission anglaise. Les Français n’étaient pas autorisés à évangéliser les Arabes ! Les Anglais avaient créé une fabrique de tapis, vendus en Angleterre, pour couvrir les frais de la mission. C’était aussi l’unique moyen de contourner l’interdit de la « charia » et d’annoncer l’évangile par des « Miss » anglaises aux femmes musulmanes qui y travaillaient.  Pierre Nicolle, devant un public d’Arabes friands d’épopées grandioses, dont la Bible en est une incomparable source, s’adapte à la pensée orientale et se mue en conteur, illustrant les récits bibliques par des affiches et panneaux coloriés. Médusés, les autochtones le saluent du titre respecté de Marabout.

Avec le missionnaire Rolland, basé à Tizi-Ouzou, ils organisent des tournées de plusieurs centaines de kilomètres à vélo dans le sud Algérien. Par exemple, du 5 février au 8 avril 1919, au cours d’une de leurs tournées, ils parcourent plus de 700 Km, de Cherchell jusqu’à Laghouat, Ghardaïa, Ouargla et remontant vers Tizi-Ouzou, par Tougourt, Biskra et Batna. Au cours de ce périple, ils vendent 3.799 Bibles ou évangiles. Ils font de petites conférences, contactent Juifs et Arabes, couchent chez l’habitant dans des taudis infestés de puces et d’insectes de toutes sortes, ou sont reçus comme des « Nabab » chez des Caïds qui leur offrent une hospitalité toute orientale, ou comme les indigènes, ils s’installent dans le caravansérail, tirant ou poussant leurs vélos chargés de Bibles et d’évangiles, dont ils renouvellent le stock par des envois en « poste restante » prévus avant leur départ. Que d’épopées vivent-ils ! Ils ne sont pas inquiets, et se souviennent souvent de ce texte : « Celui qui veille sur vous ne sommeille point » Chutant dans les bancs de sable, crevant lorsqu’il n’y a que rochers et cailloux, en butte aux vents de sable violents, assaillis même par des brigands armés. Un soir, ils sont mis en joue par un indigène, ils crient vers le Seigneur, le bandit, posté sur la colline, ne tire pas. Le lendemain, cet indigène arrive dans la maison où se trouvent les missionnaires et leur demande : « Mais qui était cet homme de « lumière » qui marchait à côté de vous ? J’avais décidé de vous tuer comme infidèles, mais je ne le ferai pas car je sais maintenant que vous êtes deux grands Marabouts… »

Deux nouveaux enfants complètent la famille, Jacques et Paul. Mais un drame pathétique survient. Son épouse tombe malade le 3 février 1922. C’est une occlusion intestinale, les soins sont difficiles. Le premier hôpital se trouve à Alger à 80 Km. Après bien des souffrances, Rosina s’éteint le 27 juillet 1922. Elle a 44 ans et laisse 8 enfants et ses 2 neveux à la charge de Pierre. Paul, le dernier-né, meurt couvert d’eczéma le 3 septembre 1922.

Après quelques douloureuses péripéties, que je passerai sous silence, il devient pasteur suffragant (Pasteur qui dépend du pasteur principal) à Nîmes.

Plusieurs mois plus tard, arrive dans cette église de Nîmes, Jeanne Legris. Catholique d’origine, elle avait cherché Dieu sincèrement. Alors qu’elle était à New York, et qu’elle s’ennuyait, elle se dit : « Il y a certainement des Français dans cette ville ! » Elle cherche dans l’annuaire téléphonique et découvre le « foyer marin français ». Là, elle fait la connaissance de deux hommes suisses âgés qui lui disent : « Aujourd’hui, c’est dimanche, et toutes les jeunes filles sont parties. Venez chez nous prendre une tasse de thé ». Ils lui parlent du salut et elle se convertit quelque temps après par leur moyen. Elle cherche alors une église. Un pasteur lui dit : « Ne venez pas dans la mienne, elle est morte ! » Elle découvre alors une église baptiste dont le pasteur était Mr Holdman.

Elle étudie ensuite dans une des meilleures écoles bibliques, l’Institut Biblique de Nyak, dont le directeur était A.B. Simpson. Cette école s’était opposée au Mouvement de Pentecôte naissant, mais pas au baptême du Saint-Esprit, ni à la prière pour la guérison des malades. La grande majorité des professeurs étaient baptisés du Saint-Esprit et parlaient en d’autres langues. Alors, sachant que cette expérience était biblique et authentique, elle se joint à d’autres jeunes filles afin de prier chaque jour dans le but de recevoir aussi cette plénitude. C’est dans cet état d’esprit qu’elle vint à l’église Baptiste de Nîmes et qu’elle fit connaissance avec Pierre Nicolle. Ils se marièrent le 24 janvier 1928.

Le pasteur en titre de l’église de Nîmes où Pierre était suffragant, Mr Dubary, part aux Etats-Unis faire une tournée dans les églises qui le soutenaient. Les membres de l’église sont intéressés par les messages de Pierre, son érudition et ses explications claires et nettes de la Parole de Dieu. Le Pasteur Dubary, à son retour, voit cela d’un « mauvais œil », il a peur. Alors Pierre part de Nîmes, et arrive avec les siens aux Fosses dans l’Aube, au cours de l’été 1928, chez sa nièce qu’il avait élevée : Mathilde maintenant mariée avec Etienne Weber. Ils trouvent une maison à Verpillières dans l’Aube et font du colportage biblique. D’abord à vélo puis avec une petite moto. Ils sillonnent les routes de l’Aube et vont jusqu’à Troyes. La Société Biblique alloue à ses colporteurs un pourcentage sur les ventes, Pierre a un tel succès dans les campagnes que la Société Biblique est obligée de réviser le pourcentage donné… il gagnait trop ! En décembre 1929, Pierre accepte le poste de pasteur dans l’église baptiste de La Fère dans l’Aisne.

Il raconte encore : « Un de mes collègues me présenta en 1930 un jeune Anglais, Douglas Scott, qui me parla du baptême du Saint-Esprit. J’avais prêché quelquefois sur cette grande vérité, y compris la glossolalie (le parler en langues), mais n’ayant fait aucune expérience personnelle dans ce domaine, mes prédications ne pouvaient dépasser la théorie. Nous eûmes donc de longues conversations à cet égard, mais le titre de Pentecôtiste, porté par mon interlocuteur, m’effrayait passablement et constituait pour moi le grand empêchement pour me rendre à ses raisons. D’autre part, ma femme avait fait ses études à l’Institut Biblique de Nyak (U.S.A.), dont la plupart des Professeurs avaient reçu le baptême du Saint-Esprit, et, au cours de ces cinq années passées en Amérique, elle avait fait bien des expériences dans le domaine spirituel; quant à moi, j’étais plus ou moins étranger à ce genre de manifestations.

Cependant, j’acceptais de recevoir l’imposition des mains de M. Scott, sans autre résultat, si ce n’est de me rapprocher de Dieu, ce qui était, d’ailleurs, particulièrement appréciable. Pendant cinq mois consécutifs, je me suis levé plus tôt et je consacrais quelques heures chaque jour dans la prière, à la recherche de la bénédiction tant désirée. Un jour, M. Christophe Domoutchief, pasteur à Paris, nous fit une visite et, à la suite d’un moment de prière en commun, je reçus, par la grâce de Dieu, un puissant baptême d’En Haut avec parler et chants en langues. Que le Nom de l’Eternel soit béni ! Ma femme m’avait devancé de quelques jours dans la réalisation de cette glorieuse expérience. C’est depuis lors que notre ministère fut enrichi, à tel point qu’il fut considérablement plus fructueux au cours de ces 25 dernières années qu’au cours des 25 premières. Je reçus ce revêtement de Puissance le 7 mai 1931. J’avais alors près d’une trentaine d’années de conversion et bien 25 ans de formation pastorale.

A partir de là, son ministère va changer, il doit quitter l’Église Baptiste de la Fère.

Il écrit : A Rouen nous sommes arrivés le 2 janvier 1932. J’ai mis mes pieds sur une marche d’un grand escalier du 13° siècle au n° 50 de la rue Saint-Nicolas situé dans un quartier douteux, et je suis entré. Nous avions une petite salle, rue Saint Nicolas, il y avait 8 rangs de 9 places. Les réunions avaient commencé le 11 novembre 1931, et l’auditoire qui avait atteint une cinquantaine de personnes, était, ce jour-là, de neuf personnes. J’avais 25 années de ministère pastoral, ce qui m’a le plus surpris c’est de voir des gens se convertir, et moi qui n’avais jamais imposé les mains aux malades selon l’ordre de Jésus, je vis des gens être guéris en obéissance à ce commandement. Des gens venaient, venaient, les réunions étaient parfois tumultueuses, cela cadrait très mal avec mon caractère.

Deux spirites qui s’étaient livrés à des «séances spéciales», mystérieuses et ténébreuses contre nous moururent l’un après l’autre à une semaine de distance. Un autre, non moins connu, avertit tout le monde qu’il viendrait un jour à Rouen pour mesurer sa force avec celle du «Père Nicolle». Sitôt dit, sitôt fait. Il vint à une réunion, passa à l’imposition des mains et de bien portant qu’il était, il s’en retourna paralysé. Nous apprîmes sa mort beaucoup plus tard, mais il fut frappé rapidement. La puissance de Dieu se manifestait aussi avec des guérisons et des conversions.

Nous avons cherché une autre salle. Nous sommes arrivés au passage Dupont. C’était une usine désaffectée, je suis allé voir le notaire, nous n’avions pas d’argent, mais, avant, nous nous étions mis à genoux ma femme et moi, nous avons demandé la sagesse au Seigneur, il voulait 20.000 fr. par mois c’était énorme pour nous, nous allons en offrir la moitié, si le Seigneur le veut nous l’aurons, s’Il ne le veut pas, nous chercherons ailleurs. Le propriétaire nous a répondu : «puisque c’est pour une œuvre « sociale » je suis d’accord. C’était une grande salle 1.200 places, C’est véritablement là qu’éclate le réveil….

Qu’est-ce qu’un réveil au sens spirituel du mot, c’est une époque au cours de laquelle il y a des conversions, des guérisons, et du travail de sanctification dans l’assemblée. Lorsqu’on me parle de ce réveil et qu’on me demande ce que j’ai fait, je réponds toujours la même chose :

« Je n’ai rien fait, rien fait de plus que je faisais depuis 25 ans, alors que je n’avais pas reçu le baptême du Saint-Esprit, mais voilà j’avais reçu le revêtement de puissance promis par Jésus et le Seigneur pouvait agir ». Nous avions de magnifiques réunions, des centaines de personnes venaient régulièrement, nous avons fait 113 baptêmes au cours d’une année, des gens venaient d’Elbeuf à bicyclette par tous les temps. Lorsque nous avons reçu G. JEFFREYS, il y avait 1.300 personnes, un souffle extraordinaire de l’Esprit nous visita lors du chant du cantique «Torrents d’amour et de grâce». Pour écouter ce cantique :

 https://www.youtube.com/watch?v=bJiWo8tk5Is

Puis au cours d’une réunion de prières nous avons entendu un don spirituel nous disant : «Vous ne viendrez plus jamais prier ici !» et nous étions incrédules à ces paroles. Effectivement, cette salle fut mise en vente et la ville de Rouen s’est portée acquéreur, c’était l’histoire du pot de terre contre le pot de fer. Je suis allé à la mairie pour m’entendre avec le maire, mais rien à faire il fallait aller aux enchères au palais de justice à Paris, nous n’avons pas pu suivre financièrement. Il nous fallait quitter la salle du passage Dupont. Nous y étions restés du 15 mars 33 au 15 novembre 1938, 58 mois. (Ce local fut entièrement détruit, réduit en ruines lors des furieux combats de la libération !!! Sans doute il faut voir là une direction Divine !). 

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