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La période de Noël ne saurait se résumer aux seuls 24 et 25 décembre

La période de Noël ne saurait se résumer aux seuls 24 et 25 décembre. En effet, dès la mi-novembre, décorations, calendriers et autres rendez-vous festifs donnent le ton de la fête à venir. Mais d’où vient ce temps de l’Avent? Et pourquoi cet «avant» s’écrit-il «Avent»?

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le temps de l’Avent ne renvoie aucunement à son homonyme «avant», et ce quand bien même cette période précède effectivement Noël. «Le terme Avent nous vient du latin adventus, qui signifie la venue», indique l’historien suisse François Walter, auteur notamment de Noël, une si longue histoire (Ed. Payot, 2016). «La venue à laquelle on se réfère étant celle de Jésus-Christ», précise-t-il.

Pour les chrétiens, la fête de Noël commémore en effet la naissance de Jésus, soit «l’incarnation de ce Dieu aimant venu en toute humilité au milieu des hommes», rappelle le pasteur vaudois et président de la Conférence des Eglises réformées romandes (CER) Jean-Baptiste Lipp.

Noël ne se résume cependant pas aux fêtes du 24 et 25 décembre et au temps liturgique qui suit (jusqu’à l’Epiphanie, le 6 janvier).  Chaque année, il déborde largement sur tout le mois de décembre, voire dès la mi-novembre dans les rayons des commerces. Le compte à rebours est même ritualisé, au travers des fameux calendriers et couronnes de l’Avent. Mais quel est le sens de ce temps si particulier, et comment s’est-il installé dans nos agendas?

Un temps de privations

«Depuis pratiquement les débuts du christianisme, au Ve siècle, on se prépare à l’incarnation», relate François Walter. Loin des festivités actuelles, ce temps était «marqué par un certain nombre de pratiques religieuses et des prescriptions très strictes de privation et de pénitence», poursuit-il. «A l’instar du carême précédant Pâques, il s’agissait de s’abstenir, pendant environ quarante jours, de consommer de la viande et tous produits d’origine animale et ce dès la Saint-Martin, le 11 novembre.»

Cette coutume – «ramenée à quatre semaines au 9e siècle», précise l’historien – n’a cependant pas duré au-delà du Moyen Age. «Rome a finalement tranché en affirmant qu’il ne pouvait y avoir d’analogie entre Noël et Pâques, et donc pas de deuxième carême», explique Jean-Baptiste Lipp. «La raison en est que Noël n’est pas à égalité avec Pâques, qui est la fête centrale du christianisme.»

Pour autant, la période de l’Avent constitue un «réel temps liturgique pour les Eglises, qui possède une double dimension», signifie le pasteur. «D’une part, on se prépare au rappel de la venue du Christ – soit la promesse déjà réalisée de la venue d’un Messie –, et d’autre part, on se prépare à la fin des temps, soit son retour en gloire et à l’établissement de son règne de paix.» Ainsi, théologiquement, le temps de l’Avent est doublement marqué du sceau de l’attente.

Période angoissante

Dans la culture populaire, l’Avent est également empreint de différentes traditions païennes, comme le rappelle François Walter: «Noël ne s’est pas substitué à une fête païenne comme on l’entend souvent. Par contre, le christianisme a voulu canaliser et orienter toutes sortes de pratiques festives et rituels vers la fête de Noël.» Et d’illustrer son propos.

«Dans les traditions anciennes celtiques, cette période de l’année était perçue comme dangereuse: on craignait de croiser, lors de ces longues nuits d’hiver, une créature démoniaque», relate-t-il. «Ainsi, pendant des siècles a existé toute une série de rituels pour effrayer les mauvais esprits, entre cortèges bruyants et déguisements». Et alors que «cette période difficile se terminait traditionnellement avec le solstice d’hiver ou la reprise du cycle de la nature, dans la chrétienté, l’annonce d’une vie nouvelle est désormais manifestée par la naissance du Christ».

Ainsi, aux origines, le temps de l’Avent était davantage marqué par l’obscurité que par la féérie actuelle. «La liturgie de l’Avent est d’ailleurs d’abord axée sur les promesses encore non accomplies par la première venue du Christ», souligne le théologien. «Ainsi, alors que le monde physique s’assombrit, on est appelé à se préparer à recevoir cette lumière, à s’y rendre attentif, car accueillir cette lumière prend parfois du temps.»

Rituels d’attente

Pour rendre palpable cette attente, de nombreux rituels ont été mis en place, à commencer par la fameuse crèche de Noël, inventée selon la légende par François d’Assise au XIIIe siècle. «On la remplit au fur et à mesure des différents personnages et on y mettait le nouveau-né que le jour de Noël», exprime Jean-Baptiste Lipp. Ont suivi au milieu du XIXe, la couronne et le calendrier de l’Avent, tous deux d’origine germanique et luthérienne.

«Si on pense communément que les quatre bougies sur la couronne représentent les quatre dimanches précédant Noël, il semblerait plutôt que celles-ci se réfèrent aux quatre mille ans d’attente précédant la venue du Christ, auxquels se réfère notamment le chant Il est né le divin enfant», exprime l’historien.

Et si les calendriers de l’Avent ne délivrent plus uniquement des images pieuses (lire encadré), ils n’en rendent pas moins tangibles le compte-à-rebours qui court jusqu’au jour de Noël. Et le pasteur de conclure: «Cette fête n’appartient plus aux seuls chrétiens, chacun peut s’en réjouir. Quant au sens qu’on lui donne, c’est une décision personnelle. Cette lumière ne s’impose pas: on peut décider de la souffler ou la laisser allumée.»

«Cette consommation n’est pas sans lien avec la saison»

Patrice Duchemin, sociologue de la consommation et auteur du «Pouvoir des imaginaires» (2018)

Il semble que Noël débarque dans les magasins de plus en plus tôt. A quels besoins cela répond-il?

Les consommateurs n’ont pas des besoins, mais des envies. La consommation, c’est une affaire de désir. Et le marketing a, de son côté et par nature, horreur du vide. Or, entre les vacances de la Toussaint (en Suisse «d’automne», ndlr) et Noël, on est dans une période de creux. C’est pour cette raison que le Black Friday a également pu faire son lit à cette période. C’est tout à l’avantage des marques que les gens se mettent tôt en «mode Noël».

Comment comprendre l’emballement autour des calendriers de l’Avent ?

Le calendrier de l’Avent, qui relevait historiquement plutôt du domaine de la confiserie et de l’enfance, s’est déplacé du côté des adultes, notamment autour de l’univers de la beauté, de la cosmétique et du luxe. Ce phénomène s’est accentué dans les années 2015. Il y a là un côté régressif dans les deux sens du terme: d’une part, on se permet de revenir un peu en enfance, et d’autre part, on opère une régression dans le calendrier, en s’offrant un avant-goût de Noël.

En tant que sociologie de la consommation, quel regard posez-vous sur le temps de l’Avent?

Si Noël était une fête religieuse, c’est devenu pour beaucoup de gens une fête familiale, pour ne pas dire commerciale. Cette consommation n’est pas sans lien avec la saison et le fait qu’il fasse nuit tôt. De fait, les gens ont tendance à avoir moins le moral. Or, quand on se fait plaisir avec un nouvel achat, une partie de notre cerveau, le striatum, va produire de la dopamine, l’hormone du bonheur. Qui ne manquera pas de rechuter et de nous repousser à la consommation. Le fait de s’impliquer dans sa vie sociale semble être ce qui permet le mieux d’y échapper.

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