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Deux médecins chrétiens persécutés en Irak

La fuite à l’étranger est devenue la seule issue pour un couple de médecins chrétiens irakiens menacé par l’État islamique (EI).

Il est vétérinaire, elle est dentiste. Ce couple chrétien qui a connu l’aisance doit maintenant endurer l’oppression de la part des militants de l’État islamique (EI), des Kurdes et milices chiites.

John Eibner, responsable régional de Solidarité Chrétienne Internationale, a rencontré le Dr Sami Awad dans la ville kurde d’Erbil. Les expériences personnelles du vétérinaire reflètent la détresse de toute la communauté chrétienne de Mésopotamie.

Les épreuves de ce couple de médecins ont commencé en 2006. À l’époque, le Dr Sami Awad et son épouse vivaient encore à Bagdad, la capitale de l’Irak. Ils recevaient régulièrement des menaces de mort dans des lettres anonymes leur demandant de se convertir à l’islam. Le Dr Awad explique leur réaction :

« Nous avons pris au sérieux ces menaces. C’est pourquoi nous avons quitté notre maison à Bagdad et avons déménagé à Bartella, le village de nos ancêtres situé dans la province de Ninive. »

La ville de Qaraqosh. Crédit photo : CSI, partenaire du Journal Chrétien

À Bartella, le couple possédait deux maisons ainsi qu’une grande ferme. Ils ont passé plusieurs années relativement paisibles et sûres dans ce village majoritairement chrétien. Mais en août 2014, la situation change brusquement avec les conquêtes de l’Etat islamique dans la province de Ninive. La famille Awad est contrainte à l’exil au Kurdistan.

En octobre 2016, l’armée irakienne majoritairement chiite a reconquis Bartella avec l’aide de la coalition et des milices chrétiennes. Mais l’espoir d’un retour massif des chrétiens s’est éteint rapidement : « Lorsque nous sommes rentrés à Bartella, j’ai trouvé notre maison réduite en cendres », relate le Dr Awad. Les maisons d’autres chrétiens ont été également détruites ou incendiées par l’armée après le départ des islamistes.

Les villes de la plaine de Ninive reconquises par l’armée irakienne ont été sérieusement endommagées. Les chrétiens qui se sont enfuis ne veulent pas y retourner à cause de l’insécurité qui règne sur place. © CSI, partenaire du Journal Chrétien

Désespérée, la famille Awad est rentrée au Kurdistan. Mais leur situation est précaire là-bas. Depuis leur arrivée à Erbil en 2014, le couple de médecins n’a pas de travail. Les autorités kurdes refusent de leur délivrer les autorisations pour exercer leur profession.

« Nous ne pouvons pas rentrer à Bagdad parce que notre maison abandonnée a entre-temps été occupée par un chiite qui a des relations haut placées et contre lequel le tribunal refuse de prononcer un mandat d’expulsion »

, déclare le vétérinaire avec résignation.

Le Dr Awad et sa famille ont abandonné tout espoir en Irak. Il tente désormais d’émigrer aux États-Unis.

John Eibner s’explique très bien le désir des chrétiens chassés de quitter l’Irak :

« Comme le Dr Awad, presque tous les chrétiens irakiens déplacés internes que je rencontre ne voient plus d’avenir pour eux dans leur pays. Quand on leur demande ce qui serait nécessaire pour qu’ils puissent rentrer dans leurs villages, ils sont presque unanimes : une puissance protectrice internationale qui garantisse la sécurité et qui mette en place une autogestion locale autonome combinée avec des aides internationales à la reconstruction. »

Même si la « libération » des villages chrétiens des mains de l’Etat islamique est soutenue par les chrétiens, ces derniers regrettent que le contrôle politique de leur région soit encore et toujours négocié entre les puissances sunnites, chiites et kurdes de l’Irak. En outre, ils ne constatent aucune disposition à garantir la sécurité ou une forme d’autonomie locale de la part de la coalition anti-EI dirigée par Washington. De même, il n’existe aucun plan de reconstruction pour tourner définitivement le dos à la guerre.

Pour de nombreux chrétiens, la situation s’est dramatiquement aggravée après l’invasion des USA de 2003. On comprend qu’ils ne nourrissent aucune illusion au sujet des « libérateurs » de 2016.

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