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Des chars israéliens atteignent le centre de Khan Younès

par Bassam Masoud et Nidal al-Mughrabi

GAZA/LE CAIRE (Reuters) – Des chars israéliens sont parvenus dimanche à forcer le passage jusque dans le centre de Khan Younès dans le cadre de la nouvelle phase de l’offensive militaire israélienne contre le Hamas dans la bande de Gaza, concentrée sur le sud de l’enclave palestinienne.

D’après des habitants, les blindés de Tsahal ont atteint la principale artère reliant le nord et le sud de la ville après d’intenses combats au cours de la nuit qui ont ralenti la progression israélienne en provenance des quartiers Est. L’aviation israélienne a bombardé le secteur se situant à l’ouest de la percée des chars.

L’air résonnait du grondement sourd et constant des explosions tandis que d’épaisses colonnes de fumée blanche s’élevaient au-dessus de la ville, où des centaines de milliers de civils ont cherché refuge après avoir fui les combats dans d’autres parties de la bande de Gaza.

Alors que le jour se levait, les détonations saccadées des mitrailleuses résonnaient près d’un commissariat du centre de Khan Younès, dont les rues étaient désertes hormis le passage d’une dame âgée et d’une fillette sur une charrette tirée par un âne.

Selon les autorités israéliennes, des dizaines de combattants du Hamas se sont rendus, encourageant d’autres à faire de même. Le mouvement islamiste palestinien a réfuté ces affirmations.

« Cela a été l’une des nuits les plus atroces, la résistance a été très forte, on pouvait entendre les tirs et les explosions qui n’ont pas arrêté pendant des heures », a dit à Reuters un père de famille, ayant refusé de donner son nom par peur de représailles, arrivé à Khan Younès après avoir fui la ville de Gaza dans le nord du territoire.

« Les chars ont atteint la rue Gamal-Abdel-Nasser, qui est dans le centre de la ville. Des tireurs embusqués ont pris position sur les immeubles du quartier », a-t-il ajouté.

Depuis la reprise des combats le 1er décembre après une semaine de trêve, Israël a élargi son offensive terrestre au sud de la bande de Gaza où elle a lancé l’assaut contre Khan Younès, la principale ville du secteur.

« NOUS NOUS SOMMES RÉVEILLÉS AVEC LA MAISON SUR NOUS »

La grande majorité des 2,3 millions d’habitants de la bande de Gaza ont déjà été contraints de fuir leur domicile depuis le début de la riposte israélienne à l’attaque du Hamas dans le sud d’Israël le 7 octobre. Certains ont même été déplacés à plusieurs reprises.

Alors que les combats font désormais rage dans l’ensemble du territoire, les Gazaouis et les agences de l’Onu jugent qu’il n’y a de fait plus aucun endroit sûr où se réfugier, ce que conteste Israël.

A l’emplacement d’une maison détruite par les bombardements au cours de la nuit à Khan Younès, des habitants hébétés fouillaient les décombres à la recherche de proches. Ils sont parvenus à extraire des blocs de béton le cadavre d’un homme d’âge moyen vêtu d’un t-shirt jaune.

« Nous avons effectué la prière du soir et sommes allés nous coucher puis nous nous sommes réveillés avec la maison sur nous. ‘Qui est vivant?' », a raconté Ahmed Abdel Wahab.

« Les forces de défense civiles sont arrivées et ont secouru les personnes qu’elles ont pu et voilà tout ce qui reste. Trois étages se sont effondrés et des personnes sont en-dessous. »

Le Djihad islamique, allié au Hamas qui dirige la bande de Gaza, a déclaré que ses membres combattaient les forces israéliennes dans le secteur.

L’armée israélienne a dit avoir bombardé des puits d’accès à des tunnels souterrains à Khan Younès et avoir attaqué un commando de Palestiniens armés préparant une embuscade. Elle n’a rien dit au sujet de la progression de ses chars.

Les deux camps ont aussi fait état d’intenses combats dans le nord de la bande de Gaza, où Israël a pourtant dit le mois dernier avoir pour l’essentiel rempli sa mission. Des explosions ont retenti à l’aube dans ce secteur et des colonnes de fumée étaient visibles depuis le territoire israélien.

LE QATAR DIT QUE LA JEUNESSE VA SE RADICALISER

Les troupes israéliennes tentent de prendre d’assaut les bastions des activistes palestiniens mais se heurtent à une résistance acharnée à Djabalia et dans le quartier de Chedjaïa dans la ville de Gaza, selon des habitants.

« J’ose dire que ce sont les plus féroces batailles que nous avons entendues depuis des semaines », a dit Nasser, père de sept enfants âgé de 59 ans, réfugié à Djabalia après la destruction de sa maison à Beït Lahiya. Des explosions retentissaient derrière sa voix tandis qu’il parlait.

Israël a lancé sa campagne militaire en riposte à l’attaque du Hamas qui a fait environ 1.200 morts dans le sud de son territoire. Les combattants du mouvement islamiste palestinien ont aussi pris environ 240 otages lors de leur incursion dévastatrice dans des localités et des kibboutz israéliens. Une centaine de ces otages ont été libérés en échange de prisonniers palestiniens lors de la trêve d’une semaine fin novembre.

Les autorités sanitaires de Gaza ont avancé dimanche un nouveau bilan d’environ 18.000 morts et 49.500 blessés côté palestinien depuis le 7 octobre, avec des milliers de disparus présumés morts eux aussi. Ce décompte inclut 297 personnes tuées et plus de 550 autres blessées au cours des dernières 24 heures, a dit Achraf al Kidra, porte-parole du ministère gazaoui de la Santé, à Al Djazira.

Le Premier ministre du Qatar a déclaré dimanche que l’émirat du Golfe allait continuer à faire pression sur Israël et le Hamas pour tenter de parvenir à une nouvelle trêve, bien que les chances « s’amenuisent ».

Mohammed ben Abderrahmane al Thani a en outre averti que ce conflit risquait de radicaliser toute une génération au Proche-Orient.

Lors d’une conférence internationale à Doha, au Qatar, les ministres des Affaires étrangères de plusieurs pays arabes ont vivement critiqué le veto des Etats-Unis vendredi à une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies sur un cessez-le-feu humanitaire immédiat dans la bande de Gaza.

Washington appuie la position israélienne selon laquelle tout cessez-le-feu ne ferait que bénéficier au Hamas.

Lors d’un conseil des ministres dimanche, le président du gouvernement israélien, Benjamin Netanyahu, a dit avoir déclaré ces derniers jours à plusieurs dirigeants étrangers, dont le président français Emmanuel Macron avec lequel il s’est entretenu vendredi, qu’ils ne pouvaient pas « d’un côté soutenir l’éradication du Hamas et de l’autre exercer des pressions pour qu'(Israël) mette fin à la guerre, ce qui empêcherait l’élimination du Hamas ».

(Reportage Bassam Masoud et Salem Mohammed à Gaza, Nidal al-Mughrabi au Caire, Dan Williams, Ari Rabinovitch, Emily Rose et Henriette Chacar à Jérusalem, rédigé par Peter Graff, version française Bertrand Boucey)

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