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L’avenir des énergies fossiles au coeur de la COP28 à Dubaï

par Valerie Volcovici et Kate Abnett

WASHINGTON/BRUXELLES (Reuters) – La sortie des énergies fossiles sera l’un des grands enjeux de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP28) qui s’ouvre jeudi à Dubaï, et s’achèvera le 12 décembre.

Les Emirats arabes unis, hôtes de la réunion, défendent la vision d’un avenir bas carbone compatible avec le maintien d’énergies fossiles, partagée par d’autres grands pays producteurs de pétrole et de gaz.

Face aux pays réclamant prioritairement l’abandon progressif du charbon et des hydrocarbures, ils préconisent de s’en remettre à la technologie pour améliorer la capture et le stockage de carbone.

Le contexte est documenté dans de nombreux rapports. Alors que la planète devrait enregistrer cette année un nouveau record de température, les engagements actuels des Etats ne sont pas suffisants pour éviter les conséquences les plus dramatiques du réchauffement climatique.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a mis les pieds dans le plat avant la réunion en estimant que s’en remettre à la captation de carbone était une « illusion » et que le secteur des énergies fossiles devait choisir entre l’aggravation de la crise climatique et le basculement vers le renouvelable.

Ce rapport a provoqué la colère de l’Opep, qui a accusé l’AIE, une organisation proche des Occidentaux, de calomnier les producteurs de pétrole.

« C’est un cadre extrêmement étroit pour les défis qui nous attendent, qui minimise peut-être rapidement des questions telles que la sécurité énergétique, l’accès à l’énergie et son caractère abordable », a estimé l’Organisation des pays exportateurs de pétrole.

LE RÔLE DU PRÉSIDENT DE LA COP CRITIQUÉ

Un homme attirera particulièrement l’attention, le président de la COP28 Sultan al Jaber, dont le statut de PDG de la compagnie pétrolière nationale des Emirats ADNOC fait douter de ses capacités à mener de manière neutre les négociations.

Ce d’autant plus que la BBC a diffusé lundi une enquête, s’appuyant sur des documents ayant fuité, selon laquelle Sultan al Jaber prévoyait de discuter de contrats gaziers ou commerciaux avec une dizaine de gouvernements en amont du sommet. Un porte-parole de la COP28 a déclaré que les documents étaient « inexacts ».

Sultan al Jaber a déclaré en juillet que l’élimination progressive des combustibles fossiles était « inévitable », mais il estime aussi que l’industrie pétrolière et gazière doit être associée à la lutte contre le changement climatique et encourage les entreprises à prendre des engagements pour réduire leur empreinte carbone. Cette COP28 aura parfois les allures d’une foire commerciale, avec un nombre record de 70.000 participants inscrits cette année et de nombreuses sociétés représentées.

L’une des tâches majeures de la réunion sera d’évaluer l’écart entre les promesses prises par les Etats pour limiter, comme le prévoit l’Accord de Paris sur le climat de 2015, la hausse des températures à 1,5°C par rapport aux temps pré-industriels, et les actions entreprises.

Ce processus, baptisé « bilan mondial », doit déboucher sur un plan d’action global que les gouvernements devront traduire ensuite sur le plan national, par des mesures et objectifs ciblés, qu’ils devront présenter aux Nations unies en 2025.

TRIPLER LA CAPACITÉ DES RENOUVELABLES

Avant la conférence de Dubaï, les Etats-Unis, l’Union européenne et les Emirats arabes unis ont cherché à rassembler autour d’un accord visant à tripler d’ici 2030 la capacité mondiale des énergies renouvelables.

Une centaine de pays approuvent aujourd’hui cet objectif, selon des responsables interrogés par Reuters, mais certaines grandes puissances comme la Chine ou l’Inde n’ont pas encore adhéré.

L’administration américaine espère aussi qu’un récent accord sur le climat entre les Etats-Unis et la Chine imprimera un élan positif à la réunion. Par cet accord, Washington et Pékin sont convenus d’augmenter les renouvelables et d’accélérer le remplacement des énergies fossiles.

La COP28 devra aussi préparer le lancement d’un fonds pour les pertes et dommages dus aux dérèglements climatiques, destiné aux pays touchés par des dégâts irréversibles provoqués par les sécheresses, les crues ou encore la montée des eaux.

Une esquisse d’accord a été élaborée. Gayane Gabrielyan, négociatrice arménienne, considère qu’il est crucial qu’un accord sur les pertes et dommages soit conclu cette année, car l’élection présidentielle américaine de novembre 2024 pourrait tout remettre en cause.

Le fonds nécessiterait des centaines de millions de dollars. Les Etats-Unis et l’UE ont déjà promis des contributions et font pression pour que la Chine ou les Emirats s’engagent à leur tour.

« Comme le montrent les expériences passées, la plupart des ces accords mondiaux, la plupart des promesses n’ont malheureusement pas été respectés », constate Najib Ahmed, consultant pour le ministère somalien du Climat. « Mais encore une fois, nous ne pouvons pas perdre espoir. »

(Jean-Stéphane Brosse pour la version française, édité par Tangi Salaün)

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